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日志


12月5日

L'offrande

Le soleil, qui s’insinue par la fente du rideau mal tiré, a quelque chose de dérangeant. Il s’impose tandis que j’aimerais que tout demeure dans la pénombre. À peine éveillé, ma main te cherche. Tous mes sens sont tournés vers toi. Je hume ton odeur. Mélange de laque et de fragrance. Je te regarde. Je souris de tes cheveux en broussaille perdus dans l’oreiller. Comme tu es belle, mon amour!

 

J’ai dû trop te regarder, et mon désir t’aura brûlé, car tu ouvres les yeux. Privilège de l’oisiveté en ce dimanche, tu rabaisses les paupières comme un lourd rideau de fer. Tu me souris un bref instant, te retournes sur le côté, m’offrant ton dos comme toile blanche.

 

Ma main caresse ta peau. Du doigt, je fais le tracé de tes courbes, et me plais à penser à l’effet que mon jeu peut avoir sur toi, en devinant ton épiderme qui se hérisse. Ma paume se colle à ton sein. Ce sein rond, généreux, qui se plie à ma loi. Ma main fait enrobage sur lui. Mon index se pose sur son mamelon, qui se dresse dans un garde-à-vous. Instantanément, mon corps répond à ce salut. Tu bouges un peu, pour la forme, question de faire obstruction à mes impulsions de prédateur.

 

Je deviens alpiniste. En descente libre, je choisis de raser le galbe – faisant fi de la ligne de crête, qui m’amènerait trop vite au versant de la hanche. J’emprunte un col, formé par le creux de ta taille, et décide de m’y reposer quelque instant; le temps de sentir la température de ton corps monter. Cette hanche – éminence dure, recouverte d’un coussin de peau –, que je franchis sans essoufflement aucun, me sers de toboggan vers la fesse. J’oublie la précaution du montagnard, et opte pour l’audace insouciante de l’enfant, enhardi par ce ballon sur lequel j’aimerai rebondir. La chair y est ferme et tendre à la fois.

 

Je ne trouve aucun signe du temps sur la cuisse, tandis que ma main glisse en accéléré le long de la jambe fine, et, sur ce mollet bien galbé, il semble que tout a été défriché. Une terre mise à nu. Je m’enivre du satin de ta peau comme d’un nectar dont je serais le seul à savourer. Je saisis fermement ce petit pied bien fait, délicat. Je te regarde. Je joue avec lui. Je l’enserre à deux mains. Le fait prisonnier. De la gauche, je caresse le cou-de-pied, pendant que, de la droite, j’applique une pression au talon. Je cherche Achille Tendon. Il a beau se faire discret, je sais le trouver. D’une pression exercée sur la plante du pied, je l’étire, puis le laisse se relâcher. Je m’attarde un peu sur l’arcade légèrement plissée. Comme si, à elle seule, celle-ci renfermait l’usure du temps, en tenant secrète l’histoire de ta course. Je m’amuse à tripoter tes orteils, fragiles petits moignons, qui sont, à eux seuls, la terminaison de ton corps parfait. Parfait pour moi.

 

Désir. Désir puissant. Désir intense qui m’envahit. J’ai envie de toi. J’ai le droit sur toi. Du moins, je le crois. Mais encore faut-il que je gagne sur toi. L’érotisme à son paroxysme me traverse tout entier. Mes gestes se font moins délicats, ma bouche devient gourmande, mes mains se font avides de tout prendre. L’une d’elles se retrouve entre tes cuisses et se sent aspirée vers ce corps caverneux. Je frôle à peine ce petit morceau de chair molle, qui s’impose, au-travers de lèvres qui l’entourent, comme une évidence. Qui s’impose en maître de ta jouissance. Petit clitoris que je fais danser doucement du bout des doigts, au rythme de mon fantasme.

 

Je te dérange. Tu remues et gémies. Je sais que le désir te gagne, toi aussi. Mais, comme pour mieux m’en assurer, je te fais languir. Comme un gamin que l’on hèle et qui doit délaisser son jouet, je me fais violence pour déserter cette région marécageuse, dans laquelle je voudrais pourtant m’enfoncer. Je ne m’autorise que ton dos. Il m’inspire. Il me brave, me provoque. Immensité de chair sur laquelle je veux m’étendre.

 

Je m’astreins à dessiner la bande de peau, plus claire, marquée par ton maillot de bain. Ce que le soleil n’a pu atteindre, il faut que je le visite en maître. Ce sillon blanc me mène jusqu’à ton sein, que je caresse à nouveau en passant. Je t’imagine, Vénus de Milo, et ne veut pas faire offense à l’œuvre d’art en omettant le cou et les épaules. Tu t’agites sous l’intensité de mes caresses. Le désir de me sentir en toi est réveillé. Tu me réclames et, dans un élan de passion, je m’enfonce en toi. Profondément. Comme le soc s’enfonce dans la terre. Je fouille dans tes organes à la recherche du trésor enfoui en toi. Et je laboure ton corps, ensemençant ton âme. Je tourne et te retourne, comme le laboureur travaille son sillon. Je t’irrigue de cette eau que je déverse en toi. L’eau de la vie.

 

Onze minutes pour atteindre l’orgasme. Pour rendre complet le coït.

 

Mon sexe repose tranquille. Mon esprit, lui, hurle à la mort. Et mon corps tout entier pleure par tous mes pores. Je m’oblige à ouvrir les yeux. Tu n’es pas là. Il n’y a que moi dans ces draps souillés, que je quitte à la hâte. J’entre sous la douche pour laver mes rêves fous, pour chasser cette réalité, qui me pèse et me glace l’âme. Que vais-je faire, à présent, de tout ce temps qui meurt devant moi? Je n’ai que l’envie de crier ton nom. Hurler que je t’aime. Tu es ma douleur vive, ma blessure ineffaçable, mon tatouage de l’âme. Mais je ne saurai montrer l’humiliation de ta fuite. Jaloux, je veux te soustraire aux regards. Pourtant, il me faut nous livrer en spectacle pour te faire sortir, telle une diva croulant sous les applaudissements, par la grande porte de mon cœur. Pour t’extirper, tout entière, de ma tête.

 

Tu es ma plus belle inspiration. Aussi, je t’offre en sacrifice sur l’autel de la passion, couchée sur une page blanche où quelques adeptes viendront te regarder. Ceux-ci poseront les yeux sur toi, ils te déshabilleront de leurs envies, ils te toucheront un à un dans un fantasme. Tu ne m’appartiens pas. Je ne peux donc te partager. Je te présente en offrande, comme emblème de ma dilection, tel un trésor caché, que j’ai enseveli sous le tertre de l’amour mort.

 

©Yanni Kin 2008

8月14日

Le bouton

Marguerites 2 

Je sais que cette journée t’est pénible, comme celle d’hier, et les autres d’avant… Je te vois batailler au quotidien contre cette maladie sournoise. Je devine cette douleur, supportable mais ô combien fatigante, derrière chacun de tes sourires. Je connais, pour l’avoir moi-même mené, jadis, ce combat malgré l’épuisement. Je te regarde et je te trouve belle.

À l’image de cette fleur, que tu as immortalisée sur photo, tu as déjà été un bouton fermé, qui ne laissait rien entrevoir de ce qu’il recelait de majestueux. Petite pousse sauvage qu’il ne fallait pas déraciner, mais qui, plantée sur une terre aride, n’arrivait pourtant pas à s’épanouir. Moi, qui n’ais pas le pouce vert, j’ai eu l’arrogance de vouloir lui donner de l’éclat et me suis fait un point d’honneur à la cultiver. Jardinier de l’âme, j’ai jugé vital de la replanter dans une terre plus fertile. Il m’est apparu essentiel de lui redonner de l’air frais. Je l’ai entouré de soins en espérant qu’elle s’ouvre. Et j’ai vu le bouton éclore.

Ma fleur s’est étirée au soleil de ma vie, m’offrant le plus beau des spectacles. Lentement, tout doucement, elle s’est montrée à moi dans toute sa splendeur. Un cœur généreux, source de miel. Une douceur tendre, satinée, délicate et fragile comme l’enfant qui vient au monde. Quelques gouttes de rosée suffisent à l’arroser. Dans sa modestie, elle ne réclame rien, si ce n’est que je l’effeuille tendrement.

Je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie.

©Yanni Kin 2008