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11月4日

Au diable les artistes!

Au diable les artistes!

Nous sommes à quelques jours de la Nuit des sans-abri, événement qui se tient chaque année dans une vingtaine de villes du Québec. Pour l'occasion, une artiste mauricienne expose ses œuvres, dont une partie des profits vont pour les sans-abri, à la Galerie d'art du Parc à Trois-Rivières. Les responsables de cette galerie, aménagée dans le très beau Manoir de Tonnancour, ont offert gentiment à Madeleine Robillard de tenir son exposition sous leur toit. Beaucoup de visiteurs s'intéressent à l'ensemble de son œuvre, constituée de personnages, façonnés dans l'argile, et placés dans différentes situations qui suggèrent une détresse sociale. Un de ces visiteurs s'est intéressé apparemment d'une manière particulière à la toile de l'artiste, qui orne un pan de mur. Sans respect pour le bien d'autrui ni considération pour les amateurs d'art, ce vandale a découpé grossièrement la toile et l'a dérobée sans scrupules. Madeleine Robillard fait alors appel aux policiers qui lui suggèrent d'en parler aux médias afin que l'information circule et rende plus faciles les démarches entreprises pour retrouver la toile et son voleur. Ce que fait la dame. Le lendemain, en l'absence de la directrice qui est en vacances, on fait savoir à Madeleine Robillard qu'elle doit sortir tout ce qui constitue son exposition. Des échos disent que c'est parce qu'elle en aurait fait mention aux médias. De la bouche de l'adjointe à la directrice, j'ai entendu que c'était tout simplement parce que, à la Galerie, on n'avait pas envie d'être vandalisé et que, Madeleine Robillard n'ayant signé aucun contrat avec la Galerie, celle-ci ne pouvait être tenue pour responsable.  Pourtant Madeleine Robillard n'a jamais fait mention de tenir qui que se soit responsable, mis à part le voleur lui-même, de la perte de son œuvre. À en croire les propos de l'adjointe à la directrice et les mesures prises à son endroit, on dirait bien que c'est la Galerie qui tient responsable Madame Robillard du vol d'une œuvre exposée à la Galerie.

 

Je ne connais pas personnellement Madeleine Robillard. J'ai rencontré l'artiste une ou deux fois lors de rencontres artistiques et je suis allé admirer ses œuvres. Au cours de mes brefs entretiens avec cette artiste, j'ai découvert une femme épuisée par les vicissitudes de la vie d'artiste, appauvrie financièrement, mais pleine de passion et d'optimisme quant à son avenir. En apprenant ce qui lui était arrivé, j'ai demandé à parler aux responsables de la Galerie et j'ai fait connaître ma stupéfaction face à ce qui arrive à ma consœur. Je ne suis pas outré du fait qu'un voleur ait dérobé son œuvre, bien que cela suscite en moi la désolation. Mais je suis outré, scandalisé, de constater que, la veille de la Nuit des sans-abri, on jette impunément l'artiste à la rue. Elle qui œuvre, en partie, pour cette cause. Non seulement elle est victime de vandalisme, mais, en plus, elle se voit jeter dehors, comme une moins que rien, comme si elle était responsable de la visite d'un individu malhonnête! « À la Galerie, on n'a pas les moyens de défrayer les coûts pour des agents de sécurité », me dit-on. Une petite caméra à l'entrée, peut-être? Ou pourquoi ne pas faire signer chaque visiteur à l'entrée et à la sortie, comme bien des endroits de ce genre font? De toute façon, le point n'est pas là. Le point qui m'intéresse, moi, c'est le fait qu'une artiste paie encore les frais du pouvoir suprême qu'ont ceux qui détiennent l'autorité pour mettre en valeur nos œuvres. Nous, les artistes, nous devons quêter pour que l'on fasse un peu de place à notre ouvrage. Il nous faut faire toutes les concessions, accepter d'être sous-payés, être présents au moment qu'on exige, supplier pour avoir un peu de visibilité au moment opportun, et surtout, surtout, se taire devant l'injustice de peur de se voir fermer définitivement la porte. C'est ce que fait Madeleine Robillard. Elle a décidé de se taire. Elle se tait….elle se tait…elle se t…elle se…  Eh bien pas moi!  Aujourd'hui, c'est elle. Demain, se sera moi et après-demain, se sera toi. Un peuple a besoin d'artistes pour se divertir, pour s'instruire, pour se découvrir et pour se rappeler. Le Québec a besoin de ses artistes pour exister, pour garder son patrimoine vivant. Nous ne pouvons permettre que les injustices se fassent aux yeux et au su de tous impunément. La Galerie d'art du Parc a donné et la Galerie d'art du Parc a repris. Que la Galerie d'art du Parc continue d'être bénie? Non! Que la Galerie d'art du Parc reprenne les œuvres de Madeleine Robillard sous son toit, pour la durée qu'elle aurait dû, normalement, y être.